Effluves et dénuements

Je vous parle d'un autre monde, le vôtre (Louis Scutenaire)

Qui suis-je vraiment ?   Je ne m’en souviens plus très bien.  Personne de connu.  Non conformiste par mégarde.  Désabusé.  Submergé par l'absence et l'ennui...

Je vous parlerai peut-être de poésie, de découvertes littéraires étonnantes, de curiosités jouissives, métissées.  Je vous accueillerais dans l'intimité de ma bibliothèque, un mélange de genres pour interroger notre société, notre passé et notre avenir, nos sens et nos rêves...

Mais,  je vous parlerai aussi de moi et de ma vertigineuse subjectivité.  J’ai regroupés ces quelques pages sous la rubrique « Brouillard à perte de vue ».  Quelqu’une m’a écrit : "le ton de ces billets est vraiment « trop désespéré ; tu vas décourager tes abonnés.  La désespérance systématique, ce n'est pas bon par les temps qui courent... "

J’aime les risques et je subodore que les considérations sur la lecture, la poésie, l’écriture et autres formes d’expressions culturelles auront un quelconque intérêt…

 

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21 juin 2018

La Promenade

Il enfila sa veste, franchit le pas de la porte et se trouva dehors, le long des rues, sous un soleil de plomb.  Ses prunelles rétrécirent ; il attendit que ses yeux s’habituent à l’incandescente clarté,  descendit quelque peu la visière de sa casquette et entama sa promenade,  lentement, à son rythme. 

Jusqu’à la place Hillel, la route n’était qu’une longue descente, il ne rencontrait  pas de grosses difficultés.  Il se laissait prendre à la douceur de cette flânerie.   Il déambulait le long de l’avenue respirant l’odeur de la ville, gardant tous ses sens en éveil, le regard attiré par une arche, une poterne, la structure d’une porte ou une grille remarquable.  Ce qu’il regrettait dans ce paysage urbain, c’était ces longues enfilades de maisons semblables, sans aucune âme, et toutes, mais toutes en briques rouges.  Il y avait une overdose de briques rouges, des rues entières de maisons en briques rouges, les bâtiments se suivaient et se ressemblaient, tous en briques rouges !

Au bout de quelques centaines de mètres la fatigue se fit sentir.  Déjà.   Ses jambes devenaient lourdes, ça tirait sur le bas du dos, le corps trop pesant pour marcher.  Il pesta, maudit cette carcasse qui ne voulait plus suivre, avala sa salive, respira un bon coup et reprit sa marche, à petits pas.  Depuis longtemps il avait compris la situation, il se trainait.  Cette fatigue chronique ne s’effacerait plus, voilà un signe supplémentaire de la vieillesse. 

À présent, une crampe irradiait la hanche et le haut de sa cuisse.  Il finit par aller s’assoir à une terrasse pas trop encombrée.  Quelques minutes de repos lui feraient du bien, le temps d’avoir moins mal.  À peine assis, la douleur perdit de son intensité.   Il  commanda une bière, avec un grand col.  Pourquoi  ne pas se bourrer la gueule ? disait-il avec ironie mais il savait qu’il n’en ferait rien, même flottant à la dérive.  Chez lui, l’inaction amenait la réflexion, et toutes ces idées qui le traversaient et qu’il tentait en vain d’éviter.  Qu’es-tu en train de devenir ?  Qu’attends-tu encore de la vie ?   Physiquement ça n’allait plus du tout et on pouvait en dire autant du  psyché.  Il eut une pensée pour ce qui aurait pu être et qui n’avait pas été.  Ses rêves perdus.   Il éprouvait de plus en plus de difficultés à se concentrer sur quoi que ce soit.  Mais à quoi bon toutes ces questions ?  Je n’interroge pas, quand les questions ne servent à rien les réponses sont inutiles, disait Diderot.  Il ne voulait laisser aucune trace de son passage en ce monde, c’était aussi simple que cela, en pleine conscience.  Il avait envie de pleurer, c’en était pitoyable et tellement inattendu.

Cela fait un drôle d’effet de voir les choses sous cet angle.  Il vida son verre, buvant à petites gorgées  et commanda une autre bière.    Quelle heure pouvait-il bien être ?  Il avait perdu la notion du temps.  Il hochait la tête en murmurant « allons, cette promenade ne sera pas la dernière, demain ça ira mieux ».  Il admira son stoïcisme  mais il n’y croyait pas vraiment.  Il en était à la dernière phase de sa vie, peu à peu il s’éloignait du monde.  Et, c’était bien ainsi.

Lorsqu’il eut recouvré ses forces, il reprit sa marche.  Il était devenu plus silencieux, clopinait, tête basse, dos ployé, chemise déboutonnée, torse couvert de sueur ;  il se laissait complètement aller, sans forces, chaque pas était accompagné  d’un sifflement.  Il avait du mal à gérer les distances,  incapable de coordonner ses enjambées, attaqué par les crampes. Il vacillait dangereusement.   Il se mordit les lèvres.  On pouvait voir qu’une violente douleur le tenaillait à chaque effort fourni.  Il refusa d'écouter les battements, trop rapides, de son coeur.  Vaille que vaille, il parvint  à se trainer jusqu’à son domicile, tout essoufflé.  Il lui  restait le plus difficile : grimper, avec le peu de forces qu'il lui restait, les 38 marches jusqu'au deuxième étage. 

La ville était déjà assombrie par le crépuscule.  Les maisons semblaient baigner dans une atmosphère différente.  L’apparence des choses était changée. Le sommeil ne vint pas.   Toute la nuit il pleura.

Je  ne t’ai  jamais assez regardé, ni foulé ton visage d’une longue caresse.  Tu ne m’as jamais assez écouté, ni scruté dévotement mon silence Il suffisait peut-être de quelques détours de hasards probables !…

 

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17 juin 2018

C'è chi dice che il paradiso esiste...

Non sono un poeta

Questo tu lo sai

E in questa stanza dove non c’è più nessuno

La sera mi addormento

E sempre sogno

Senza colori

Sotto la pioggia triste...

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À chacun sa vérité

Charmants amis,

Mon choix est fait.  Je ne connais qu’un chemin du salut.  J’annihile ma raison, la musèle et m’abandonne à ce cœur qui, seul, connait la véritable nourriture de la vie.  S’il me dit que l’amour est souffrance, je souffrirais.  S’il me dit que l’amour est privation de sommeil, je veillerais.  Si la puissance de cet amour me dit de renoncer à la vie, alors je renonce à la vie.  Que Dieu m’assiste.  Seul l’amour a un sens.  Et la beauté de son visage à l’aube à peine dévoilée.

Ainsi je veux être poète.   Au souvenir de la Bien-Aimée.  J’immole la raison et les effets d’une certaine sagesse à mes désirs ardents.  Une bonne coupe de vin, des mains généreuses, un regard langoureux, et le poète sourit à la vie.  Rassasié.  Rapide est l’embrasement.  De douceur et de bien-être. 

Si être poète c’est respirer un sentier que n’emprunte aucune hirondelle, un sentier amer, inondé de la lumière d’un soleil sans âme, alors je ne serai pas poète.  Être poète ce n’est rien si ma poésie ne guide pas son chemin.  Si je ne peux pas prendre le plus long train du monde avec toiEt dormir, dormir, dormir dans tes bras...  Voilà ce qui est écrit dans mon destin.

 

Mon vin, évanescent, inextricable

C’est toi

Et, je ploie sous l’ivresse

Le sens secret des mots,

Dont s’orne ma troublante destinée

Mots, aux habits de soie

Qui plient à l’assaut de l’imaginaire

C’est toi

Dans tes yeux, le soleil de la vie

Ce que j’ai toujours cherché…

 

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15 juin 2018

Hélène Laly

Ne cherche pas au fond du puits les réponses à tes questions.  Seuls le coucher du soleil en possède quelques-unes.

(Hélène Laly - Le baiser de la cigogne)

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On écrit. Envers et contre tout (2)

Ainsi le poète se meurt.  Envers et contre tout.  Orphelin atomisé, cloué sur son lit de douleur.  Foncièrement épris, ses  nuits grincent du désir maudit de ne pas exister hors yeux de l’absente.  La distance pèse, l'âme hurle.  Inexorablement liée à la réalité de la vie quotidienne, que répond-elle à sa tendresse ardente, inquiète ?  Je sais, dit-elle !  Je sais !  Elle sait !  Que répond-elle à ses quémandes incessantes ?  Je ne peux pas, dit-elle.  Je ne peux pas !  Elle ne peut pas !  Oui.  Certainement.  Il pense : être plus amoureux de nos décisions que des êtres que nous désirons...

Il ne chante plus, le poète.  Il a perdu guitare et mandoline.  Le sourire s'est effacé de son visage.  Il est en nage, épuisé, courbaturé jusqu'au trognon, brouillard à perte de vue.   Parce que le temps passe, et qu'aucun jalon ne vient le guider,  et qu’aucune main ne vient le soutenir.  Il ne comprend plus rien, cloué sur son lit de malheur, il ne voit qu’un monde de douleur, de supplice, de peine comme unique repas.  Décor enchâssé aux couleurs déjà éteintes...   Il murmure, en sanglotant : "de cette eau transparente tu ne boiras pas" !

Dans la désolation hivernale, un jour de pluie, face à son impuissance, le poète partira. Fatigué d'avoir oeuvré sans échos.  Il partira.  Pour une mort lente.  Interminable.  Solitaire.  La main dans le vide.  Un jour de pluie.  Ou de brouillard à perte de vue, plus dense encore.  Sans se retourner.

Les soirs sont semblables aux soirs

Ô poète, affalé

Sans âme

Chrysanthème uniforme

L’Espérance s’en est allée

Couleur de cendre

La porte s’est refermée

Il n’y a plus rien

Sonnez tocsin

A perte de vie

Tu es seul, poète

Mendiant l’aumône d’une voix

 Mendiant !

Mendiant !

Mendiant !

Crève, poète !

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14 juin 2018

On écrit. Envers et contre tout.

 

ECRIT-VAIN 2

 

On écrit.  Envers et contre tout. 

On  prend la plume et on écrit.  On se laisse aller à la morsure du mot, sans lui résister, on provoque, on fustige la notion figée du bien et du mal, du beau et du laid.  On croise les frontières du réel et de l’irréel, des désirs et des fantasmes. Des frissons qui crient matin.

Dans ces moments d’exaltation, on n’écrit que des mots damnés.  Une descente aux tréfonds de soi-même, comme si des torrents impétueux nous emportaient vers les filets de la force obscure.  On rêve de sa vautrer dans la luxure, entre les jambes d’une vieille édentée, aux lèvres desséchées, à la poitrine flasque.   Qui ne parviendra pas à refroidir vos ardeurs. Sucer ses mamelles et ne pas oublier de se laver le sexe.  Pourquoi voulez-vous qu’il y ait toujours amour ?   On rêve de refaire la gueule d’un prétentieux gigolo, pas du tout adapté à la vie pratique, lui arracher le cœur,  remodeler ses chairs à l’ombre scintillante d’une rue déserte.  Le voir crever en héros, admirer les chiures de mouches et trinquer au mousseux.  Sans états d'âme, il aura sa gloire posthume… 

Cessons ces voyages insipides dans la routine.  Il y a tant de joyeusetés dans la vie !  Il est absurde de ne s’en tenir à l’oiseau qui chante, même si le gazouillis est doux et agréable !

Je vous le dis, c’est cela aussi écrire : braver le vent cinglant, montrer l’irreprésentable.  Se vautrer dans ses paysages désolants.  Plutôt que de s’endormir dans la paresse, autoriser ses démons à s’assoir dans nos jardins.  Écrire, sous la contrainte d'un tord-boyaux donne courage...

Laissez-moi écrire.  Envers et contre tout.   Vous comprenez ?  Sinon, ça sert à quoi cette existence ?

Laissez-moi écrire.  Et, sombrer dans un sommeil vide.  Ainsi le poète se meurt.  Avec ses tempes à peine argentées.  Dans ce monde de turgescences.  Un jour de pluie.  Sans corde tendue.

Mais... ça ne vous fait ni chaud ni froid ?

 

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12 juin 2018

Ce silence est trop vaste.

Longtemps je suis resté patient.  Adressé des louanges, jetés de mots à tous vents.  Chancelé, sous le poids du désir.  Jusqu’à l’avilissement.  Me restent deux orbites creuses à ma tête.  Une âme courbée sous sa peine. Un relent de Golgota.  Voilà pourquoi il me faut cuver ma boisson.   Mon âme se dégage de l’espérance.

Un jour de pluie, face à son impuissance, un homme partira.  La main dans le vide.

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11 juin 2018

En toute franchise...

J’ai rencontré beaucoup de poètes.  Certains brillaient d’un vif éclat.  J’ai loué leur mérite, accordé volontiers des éloges.  Aucun ne se souvient de moi.  Même pas peiné.  Je n’ai donc aucun devoir de gratitude à m’imposer.

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10 juin 2018

Conjuration

Je fredonne un chant

Pour me détourner du silence

J’ouvre mon cœur à l’opéra

De l’abîme

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