Istvan n’existe pas.  Vous pensez le connaître, vous croyez le lire dans sa contrainte inavouée de poésie, dans ses quelques vers recollés dans une langue strictement délimitée.  Vous vous trompez.  Il n’existe pas.  Ou alors, à l’état de cryogénisation.  En attente de résurrection.

Dans la rue il marche.  Il suit le mouvement.  Il soupire, profondément, son défaut de prédilection. Il parle. Veut se faire entendre.  Dissocié de toute logique.  Spécule sur la pitié qu’inspirent ses intériorisations crépusculaires, son pouvoir d’autodestruction, spécule sur la  gloire posthume, sur le mythe d’une reconnaissance de sa poésie un siècle trop tard, sur les particularités flagrantes, flatteuses, cynique de cette poésie, sur le potentiel de sa création littéraire, chaque jour plus incontournable….  

Il marche, au bord du précipice. Il marche.  Avec ses métastases.  Sans états d’âme.  Usé et inoffensif.  Il traverse des paysages sans manifester le moindre intérêt, consumé par des fragments de chants d’une autre époque.

Quel est son degré de normalité ?  Aucune.  Cela va sans dire, car il n’existe pas.  Il semble bien vivant, puisqu’il marche, mais il n’existe pas.  Là réside le malentendu.  Hypothétique public, un peu de commisération serait la bienvenue, que diable…